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Panification

La rémunération des agriculteurs s’invite au salon Europain

Karine Floquet
12 fév 2018

Les blés tracés, qu’ils soient biologique, CRC, Label Rouge, sous contrat multipartite…, étaient au cœur du Forum Europain comme des discours de certains exposants.

Karine Floquet

En cette période de post-EGalim, la juste rémunération des producteurs a été l’un des leitmotivs sur les lèvres de nombre d’intervenants des tables rondes du Forum Europain, qui ont animé, du 3 au 6 février à Villepinte, le salon bisannuel dédié aux professionnels de la boulangerie-pâtisserie mondiale. Les meuniers présents étaient nombreux à faire la promotion de leurs filières de matières premières tracées, dans l’objectif affiché de permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur métier.

Agri-Éthique, une démarche transversale

C’est le cas de la Minoterie Girardeau qui a signé, courant janvier, un contrat avec Carrefour pour la fourniture de farine issue de l’agriculture biologique, dont « le prix du blé tendre, encadré pour trois ans, permet à l’agriculteur de bien gagner sa vie au travers d’une filière de valorisation qui regroupe organisme stockeur, meunier et distributeur », explique Bertrand Girardeau, son président-directeur général. « Le prix payé au producteur est un prix de marché rémunérateur, supérieur au prix de marché actuel », précise le meunier, qui signe depuis sept à huit ans des contrats triennaux avec les agriculteurs et leur collecteur pour encadrer le prix de la matière première et garantir des volumes en progression régulière, afin d’atteindre l’autosuffisance en blé tendre bio français. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, puisque Bertrand Girardeau est obligé d’« importer un tiers de son approvisionnement de Roumanie (de zones Natura 2000), en double certification ». Au niveau hexagonal, ce sont 40 000 t de blé tendre bio qui sont importées pour répondre aux 140 000 t de demande du marché, selon le meunier.

La Minoterie Girardeau est également le « premier utilisateur français de blé CRC », issu d’une culture raisonnée et contrôlée, et étiqueté "Le blé de nos campagnes" sur les produits. « À l’échelle française, ce sont 350 000 t de blé qui ont été certifiés CRC en 2017, contre 250 000 t en 2014, précise Étienne Henrion, président du GIE CRC, qui regroupe 92 membres sur toute la France. Le travail supplémentaire de l’agriculteur, lié à la labellisation du grain, est valorisé par une prime qui vient compléter le prix du blé, soumis à fluctuations. » Ce blé CRC est, par exemple, utilisé pour la fabrication de la baguette de tradition française Label Rouge, dont le cahier des charges a été déposé par le Club Le Boulanger, qui représente 11 meuniers et 150 boulangers.

La démarche Agri-Éthique, qui peut être transversale à ces filières de blé tracé, compte de plus en plus d’adeptes. À tel point, qu’afin de pérenniser les engagements pris par les différents partenaires, un contrôle tierce partie a été mis en place en novembre 2017. Celui-ci vise à auditer annuellement les partenaires par un organisme certificateur indépendant, Certipaq. Cette démarche de commerce équitable est basée sur la fixation du prix de la matière première pour trois ans, afin de rémunérer la production agricole à sa « juste valeur », explique Ludovic Brindejonc, directeur général d’Agri-Éthique. « Le prix garanti permet de couvrir les charges du producteur et de lui générer une rémunération, poursuit-il. Grâce à ce prix sécurisé, Agri-Éthique s’affranchit des effets de la volatilité des matières premières en assurant visibilité, sécurité et sérénité à l’agriculteur. » La Minoterie Trottin est l’un des dernières sociétés à avoir signé le pacte Agri-Éthique, au côté du négociant SA Jeusselin (cf. page 3). Quant à la Minoterie Girardeau, ce sont 300 boulangers artisanaux et un industriel (La Boulangère) qui ont intégré la démarche, pour un volume de farine de près de 15 000 t, sur un total de 200 000 t annuelles. « Si la démarche Agri-Éthique concerne principalement les blés conventionnel et CRC, elle démarre sur le segment du blé bio et du sarrasin », confie Bertrand Girardeau.

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