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Buzz médiatique

Générations Futures s’en prend encore aux fruits et légumes

Le rapport de Générations Futures sur les résidus de pesticides sur les fruits et légumes n’est au final qu’une compilation de données publiques. Mais habilement présenté pour servir la cause de l’ONG.

Présentation presse de Générations Futures le 20 février. © Julia Commandeur - FLD

“Pesticides : un rapport alarmant sur les fruits et légumes”, “Des traces de pesticides dans 3/4 des fruits et 41% des légumes”, “De nombreux fruits et légumes contiennent des résidus de pesticides”, “ Cinq fruits et légumes par jour...Et des traces de pesticides” … Tels étaient les gros titres des médias ce mardi 20 février. Car l’ONG Générations Futures a sorti le même jour un rapport, état des lieux des résidus de pesticides dans les f&l en France. A quelques jours du Sia, c’est plutôt pratique.

L’idée de ce rapport est de prendre les données publiques des plans de surveillance de la DGCCRF depuis 2012, et de communiquer les taux de contamination par les résidus des pesticides des f&l par espèce (celles pour lesquelles il y a assez de données pour être pertinentes), ainsi que les dépassements de LMR. Au final l’ONG a classé 19 fruits et 33 légumes, non bio (« car pas assez de données pour le bio »), vendus et donc consommés en France (mais pas forcément produits en France). « Le travail est simple : c’est une présentation de résultats officiels, et ça nous a surpris que personne ne l’ait jamais fait avant, souligne François Veillerette, directeur et porte-parole de l’ONG lors d’une présentation presse. On n’est pas étonnés des résultats en revanche, car on s’attendait à trouver des résidus. Forts de ces résultats, nous encourageons le gouvernement à prendre des dispositions pour promouvoir l’agriculture bio et les systèmes de production intégrés, un plan de réduction des pesticides avec des objectifs ambitieux, une transparence totale sur l’usage et le stockage des phytos, ainsi que l’affichage en rayon des pesticides utilisés. »

Comme le rappelle le Collectif Sauvons les f&l de France, ces chiffres étaient déjà publics pour les bilans globaux (le détail est disponible sur demande à la DGCCRF). « Ce rapport est un donc “non-événement”, assène le Collectif. En outre, la présence de résidus de pesticides n’est pas synonyme de risque et d’impact pour la santé des consommateurs. Les techniques analytiques d’aujourd’hui permettent de quantifier à l’état de traces quasiment tout ce que l’on recherche. Les chiffres relevés par Générations Futures sont d’ailleurs tout à fait rassurants sur la qualité sanitaire des f&l produits en France. » En bref, Générations Futures a (encore) réalisé un beau buzz médiatique en jouant sur la peur des consommateurs et qui vient gommer les efforts des professionnels. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande pourquoi un rapport sur les f&l et pas sur une autre filière, François Veillerette répond : « Parce que c’est là où il y a le plus de données. (…) Et ça touche plus le consommateur. »

 

François Veillerette, directeur et porte-parole de l’ONG Générations Futures

 

« Les consommateurs, conscients qu’il faut continuer à manger des f&l »

Interrogé par FLD pendant la conférence sur le risque que cette étude fait peser sur la consommation de f&l, François Veillerette répond : « Sur la santé et les effets cocktail des pesticides, nous, on est sous l’angle de la précaution. On ne dit pas aux gens : “vous allez tous mourir”. Mais on les avertit des risques, notamment pour les populations fragiles comme les enfants ou les femmes enceintes. (…) Oui, il faut continuer à manger des f&l, oui, on le dit et on l’écrit (sic). Mais on veut le beurre et l’argent du beurre : les vitamines et l’absence de pesticides. En plus, on pense que même si on publie ce genre d’informations, les consommateurs sont des adultes, ils continuent d’acheter des f&l. Mais ils se posent davantage de questions. »

 

Les chiffres du rapport Générations Futures

Selon le rapport, « pour les fruits, nous avons pu constater, en moyenne, la présence de résidus de pesticides quantifiés dans 72,6 % des échantillons analysés sur les cinq années des données compilées. Pour les légumes, cette valeur est de 41,1%. » Le raisin (pour 89% des échantillons), la clémentine/mandarine (pour 88,4%) et la cerise (87,7%) ; les céleris-branches (84,6%), les herbes fraîches (74,5%) et les endives (72,7%) sont les mauvais élèves du classement. Coté, dépassements des LMR, ils concernent surtout les cerises (6,6% des échantillons) et les herbes fraîches (29,4 %). L’ONG note de gros écarts d’un produit à l’autre, qu’elle attribue à « des différences de sensibilité aux maladies d’une culture à l’autre ». Le rapport complet est disponible sur Internet.

 

Interfel réagit

« Une interprétation opportuniste à 3 jours de l’ouverture du Sia ! », a dénoncé Interfel dans un communiqué le 21 février. Pour l’interprofession, Générations Futures remet en cause tout en s’y référant la méthodologie employée par la DGCCRF. Pire, « en dénigrant les f&l, cette organisation en attise la sous-consommation, ce qui est un facteur de risque majeur pour la santé clairement démontré. » Interfel rappelle que la profession a mis en œuvre de nombreux moyens (chartes de qualité, autocontrôles) pour maîtriser l’utilisation des pesticides.

 

Les premières réactions

« Le fait de dépasser les LMR n'implique pas nécessairement un danger », précise à l’AFP Loic Tanguy, directeur de cabinet de la DGCCRF. Dans tous les cas, en cas de dépassement des LMR, un retrait du marché est demandé par la DGCCRF pour faire respecter les normes en vigueur.

« Il n'y a pas d'indications de risque sanitaire lié aux pesticides à consommer des f&l », précise à l’AFP Jean-Luc Volatier, de l'Anses.

Au Monde, Jean-Pierre Cravedi, toxicologue et directeur de recherches à l’Inra, assure : « Il y a un risque en cas de consommation régulière ou systématique d’un fruit ou d’un légume qui dépasse la LMR pour le même pesticide, ce qui est peu probable. » Et Emmanuelle Kesse-Guyot, épidémiologiste et directrice de recherches à l’Inra, de confirmer : « On peut être en alerte, mais avant de dire que la situation est dangereuse, il faut des informations complémentaires sur les pesticides concernés. »

 

Générations Futures demande plus de moyens pour la DGCCRF

Interrogé sur la question de l’origine des produits, François Veillerette prétend que « les chiffres de la DGCCRF ne la précisent pas (sic). Globalement on sait qu’il y a plus de problèmes avec les filières d’importation que sur les filières françaises et européennes. » Idem, le bio a été laissé de côté « faute de données suffisantes. » « C’est une des conclusions du rapport : la DGCCRF manque de moyens et ne peut pas faire beaucoup d’analyses. »

 

Un dialogue possible ?

Interrogé par les journalistes, François Veillerette précise : « Est-ce qu’on s’est rapproché des professionnels pour affiner notre rapport ? Non, mais on serait ravis de travailler avec les données des plans de surveillance des professionnels. Ça serait intéressant de voir ces données complémentaires pour compléter ou comparer avec celles de la DGCCRF. »

 

Générations Futures, pas convaincue par le zéro résidu

François Veillerette sur la démarche zéro résidu de pesticide : « Je ne suis pas encore convaincu par la démarche, je voudrais lire le cahier des charges précis, on va envoyer une lettre. En plus ce n’est pas du zéro pesticide, c’est du zéro résidu quantifiable. Et aussi, ça donne la possibilité de cultiver sous serre en hors sol et nous on a un attachement au sol. Bref, on préfèrerait des systèmes qui communiquent plus clairement, comme Haute Valeur Environnementale. »

 

« Les lobbies sont partout »

Brune Poirson, secrétaire d’Etat à la Transition écologique, a tweeté : « Le rapport rendu par Générations Futures sur les pesticides met bien en évidence l’urgence de la sortie d’un usage non maîtrisé des produits phytos », (en oubliant que ces données sont celles d’un service public et disponible depuis longtemps). Lorsque la veille, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, reconnaissait que « les lobbies sont partout, oui, ils sont partout », elle ne croyait pas si bien dire. On ne sait pas pour les cigarettes ou le pétrole, mais le lobby ONG-environnementaliste, lui, a clairement investi les couloirs du gouvernement.

 

Entendu au Salon de l’agriculture

Paroles de professionnels

Face au nouveau discrédit porté par le rapport de Génération futures, Interfel a notamment organisé une conférence le 26 février sur le salon de l’agriculture pour expliquer au grand public les pratiques de la production. « Plus on est dans des cultures de plein champ et de plein air, plus c’est difficile de se passer des pesticides. L’environnement devient de plus en plus agressif », a notamment expliqué Louis Orenga, directeur général d’Interfel. « Nous avons fait d’énormes efforts depuis plusieurs années et nous savons très bien que nous devons tendre vers une réduction systématique des pesticides », a notamment ajouté Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France. « 97,3 % de nos produits sont conformes. C’est comme si on reprochait à un élève qui a 19,5/20 au bac d’être un cancre », a, quant à lui, lancé Christian Berthe, président de l’UNCGFL.

 

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